Partager l'article ! Ces marchés qui nous font bien marcher... !: >>> C’est l’autorité des marchés financiers qui le dit : les Français sont des nuls ...
IRONMAN
en carton bouilli...
Mais Ironman quand même...
Always smiling... 4 u !
>>> C’est l’autorité des marchés financiers qui le dit : les Français sont des nuls. Ils ne comprennent rien aux
marchés. D’après un sondage qu’elle vient de commander au Crédoc, un Français sur deux ne sait pas ce qu’est un dividende. Trois sur quatre ne savent pas ce qu’est une obligation. Comme ils ne
comprennent rien aux marchés, ils se méfient. Ils ont tort évidemment car les marchés sont tout ce qu’il y a de plus simple à comprendre.
A première vue, certes les marchés sont fous. Depuis le début de ce mois de novembre, ils donnent d’ailleurs toutes les apparences de la frappadinguerie la plus exacerbée.
Quand le 1er novembre, Papandréou annonce qu’il va consulter par référendum les Grecs sur le violent serrage de ceinture qui les attend, les marchés jouent les épouvantés, « le coup de théâtre grec fait plonger les marchés » selon les Echos du 02/11. Ils réclament la tête de Papandréou. Trois jours plus tard à Cannes, ils l’obtiennent : les marchés sont-ils soulagés ?
Non ! C’est désormais l’Italie qui les fait trembler. Refrain unanime : la dette italienne fait vaciller les marchés, les marchés paniquent : il faut de toute urgence rassurer les marchés ! A la une les Echos titrent, le 09/11, « les marchés poussent Berlusconi vers la sortie ». L’annonce de son départ étant enfin officielle, les marchés sont-ils enfin rassurés ? Pas du tout ! Dès le lendemain, les bourses chutent à nouveau !
Docteur quel est donc le mal qui ronge les marchés ? Paranoïa aiguë, délire de persécution ? Sadisme exacerbée ?
A chaque crise, les marchés obtiennent la peau de ceux dont ils affirment qu’ils les mettaient en danger : déjà six premiers ministres européens sont à leur tableau de chasse (l’Irlandais Gowen, le Portugais Socrates, le Slovaque Radicova, le Grec Papandréou, l’Italien Berlusconi, l’espagnol Zapatero). Les marchés ont peut-être l’air fou, mais ils font la loi face aux Etats ...
Et qui sont donc les marchés ? Les grands banquiers, les patrons de compagnies d’assurances et de hedge funds.
Pourquoi sont-ils si puissants ? Parce qu’ils disposent d’une arme imparable : les Etats sont obligés de s’adresser à eux pour couvrir leur déficit. Cela n’a pas toujours été le cas, jusqu’en 1973, le Trésor Public empruntait directement à la Banque de France. Mais cette année là, un banquier (Pompidou) interdit cette pratique, obligeant ainsi l’Etat à faire appel aux banques privées, celles ci lui prêtent en fixant le taux d’intérêts qui leur plait. Depuis, tous les autres pays européens et l’Europe ont fait de même d’où cette situation grotesque qui interdit aux Etats de se financer auprès de la Banque Centrale Européenne. Mais celle-ci peut refinancer à de très faibles taux les banques privées, lesquelles prêtent ensuite aux Etats à des taux nettement supérieurs !
Pourquoi les Etats se sont-ils livrés pieds et poings liés aux marchés ?
Parce que ces vingt dernières années, et surtout depuis la chute du Mur, les grands noms de la politique internationale se sont convertis au capitalisme triomphant : le libre-échange sans entraves, la dérégulation financière tous azimuts, le privé ça marche, le public ça foire ! Qu’ils soient de droite ou de « gauche », démocrates ou républicains, travaillistes ou conservateurs, qu’ils s’appellent Blair, DSK, Pascal Lamy, Balladur ou Sarkozy : tous les responsables politiques ont entonné joyeusement le même refrain. La plupart d’entre eux ont multiplié les allers-retours du public au privé, siégeant dans les conseils d’administration des trusts et des hedge funds puis retournant dans le public prôner une meilleure gouvernance de la finance. Le dernier en date Mario Monti remplace Berlusconi après son passage chez Goldman Sachs. Ces hommes politiques à casquette interchangeables annoncent qu’ils vont s’attaquer aux paradis fiscaux, qui ne se sont jamais si bien portés depuis qu’ils jurent vouloir moraliser les marchés ... Lesquels décernent à leur guise des notes aux entreprises et aux Etats et font ce qu’ils savent faire le mieux : SPECULER à MORT.
Plus un pays est endetté, plus ils
peuvent se remplir les poches en augmentant ses taux d’intérêt, aidés par quelques amis aux manœuvres qui réduisent quant à eux les recettes, à grands coups d’exonérations, abaissement de charges
et impôts à peine cachés derrière quelques nouvelles taxes. Les marchés font ainsi monter la pression car pour eux, mieux vaut prêter à 7% à la Grèce à genoux qu’à 3% à un pays AAA ! Certes
spéculer reste un peu risqué : le client peut faire défaut ainsi la Grèce a fini par effacer la moitié de son ardoise. Mais, à cette occasion, avez-vous entendu les marchés gémir de douleur et
hurler au scandale et à la spoliation ? Même pas, c’est que le jeu vaut la chandelle : quand un pays est étranglé, on peut le dépecer sans qu’il bouge !
Pour alléger le fardeau de la dette, rares sont les Etats, qui comme l’Islande, laissent leurs banques faire banqueroute. Tous veulent rassurer les investisseurs internationaux : privatisation des services publics et autres offrandes ... « En Grèce, il y a beaucoup de biens publics à privatiser » disait en juillet Angela Merkel, et beaucoup de secteurs encore fortement réglementés et verrouillés à développer. Ces veinards de Grecs dérouillent, qu’ils déverrouillent !
Après la Grèce (dette : 350 milliards), l’Italie (1900 milliards), les marchés s’attaquent maintenant à la France (1700 milliards). Mais ici les autoroutes, l’électricité, le gaz sont déjà côtés en Bourse, il reste cependant encore quelques biens et services à déverrouiller : la santé en partie, l’éducation en partie, les retraites encore un peu, la culture, les routes nationales ...
Alors les marchés n’ont pas fini de paniquer, les plan de rigueur n’ont pas fini de se succéder, les taux de grimper, Sarkozy, Merkel et compagnie de se féliciter de nous avoir sauvés tout en laissant les marchés faire leur numéro !
Jean-Luc Porquet (Canard Enchaîné)